
Ce numéro avait traîné sur mon bureau pendant plusieurs semaines. De toute façon, je déteste téléphoner. En mettant un peu d’ordre dans mon fatras de documents, je retrouvai ce bout de papier. Pour la première fois, il m’intrigua.
Je lui envoyai un SMS : « Êtes-vous là ? ». Elle répondit, rapidement : « Je suis là. Je vous attends. »
Qui pouvait-elle être ? Où pouvait-elle être ? Pourquoi m’attendrait-elle ? Je n’avais aucune réponse. Mais ce jour-là, j’humai mon téléphone portable pour essayer de saisir son parfum. Je crus bien le respirer. Il était exquis et ancré désormais dans ma mémoire.
Il ne se passa rien. Un jour, attendant un improbable avion dans un aéroport sordide – comme tous les aéroports – je parcourais mes messages pour les effacer quasi tous. Je tombai sur le sien, au parfum envoûtant.
Je lui écris : « Êtes-vous toujours là ? ». Elle répondit : « Je vous attends. Ne traînez pas ! ».
Je partais pour une mission de deux semaines. Je ne pouvais que traîner. Mais je caressai mon portable du bout des doigts et jamais il ne m’avait semblé aussi doux, aussi chaud, aussi sensuel. C’était sa peau que je caressais. Avais-je déjà caressé une peau plus sensuelle ? Je savais qu’il me fallait encore et encore me laisser envoûter de cette peau inoubliable.
Dès que mon avion de retour atterrit, je lui téléphonai. Je lui dis :
— C’est moi !
— Je sais. Viens.
— Où ça ?
— Tu le sais…
Je le savais. Effectivement. Entendre sa voix m’avait bouleversé. Elle était d’une telle chaleur et d’une telle densité. Je connaissais son parfum et sa peau. Sa voix leur donnait une force inouïe. Je devais la voir.
Je me suis rendu là où elle était. Il y faisait sombre, mais son parfum embaumait les lieux dès que j’y entrai. Je vis la lumière et m’en approchai. Ce que mes yeux découvrirent était d’une telle volupté que j’en frémis au plus profond de moi. Son corps nu, aux courbes profondes, était là, offert, m’attendant, simplement.
Je m’approchai et m’agenouillai auprès d’elle pour mieux la regarder. Elle était sublime. Oserais-je la toucher ? Je sus alors que je devais l’embrasser pour la goûter pleinement. Mes lèvres se posèrent là où elles le pouvaient, là où elle s’offrait. Instantanément, ce fut un miracle.
« Il y a très peu de choses que nous puissions connaître par les cinq sens à la fois. » [Georg Christoph Lichtenberg]. En réalité, il n’y en a qu’une. Ce n’est d’ailleurs pas une chose. C’est la femme. Je l’ai connue.